Quelques jours après être arrivés sur leur lieu de vacances, Bonne-maman et ses petits-enfants visitent un village touristique. Fidèle à elle-même, la vieille dame se montre critique et exaspérante. Imaginez ce nouvel épisode dans lequel Françoise essaie de prouver à sa grand-mère sa mauvaise foi en lui reprochant son attitude. Cet échange se fera sous le regard amusé du narrateur.
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_____A peine étions-nous arrivés que Bonne-maman, d'emblée, délia avec entrain sa langue de vipère en furetant partout, à la recherche du moindre défaut.
_____« - Oh... Alors voilà cette maison tellement convoitée par notre famille ? Eh bien, elle n'est pas si glorieuse ! Regardez-moi ces toiles d'araignée au plafond ! Et quelle vilaine potiche ! »
_____Elle continua de plus belle à déballer tout ce qu'elle put trouver à redire. Soudain Françoise, qui en avait déjà assez supporté, ne parvint plus à retenir sa colère : elle prit Bonne-maman à part et commença à lui dire ce qu'elle avait sur le coeur. Moi, j'aurais pu rester à les écouter de la pièce d'à côté tant leur voix résonnaient, se répercutant à travers les murs mais je décidais de ne pas me cacher : j'avais le droit d'assister à l'explication, après tout, nous étions de la même famille et c'était une façon comme une autre de soutenir discrètement ma soeur. Alors je me glissai dans l'entrebâillement de la porte de la cuisine pour voir la scène.
_____« - Trop c'est trop, commença Françoise ! Regarde comment tu te comportes, voyons. Je sais parfaitement que tu ne m'entends pas clairement, mais ce n'est certainement pas une raison pour regarder ailleurs lorsque je te parle. »
_____C'était une dure tâche que de réprimer mon hilarité ! A vrai dire, Bonne-maman semblait si peu intéressée par les propos de ma soeur que s'en était désopilant. Je n'avais pas pour habitude de m'amuser de sa surdité mais cette situation faisait exception à la règle.
_____« - Ah, ma petite fille, tu es décidément si naïve, répliqua Bonne-maman, détournant son regard du sol pour l'accorder enfin à Françoise. Ne t'étais-tu jamais aperçu que j'entends simplement ce que je veux bien entendre ? Mon infirmité n'apparaît que lorsque je le désire. Elle n'est présente que dans l'esprit des simplets qui veulent bien y croire ! Tes parents savent depuis longtemps que ce n'est qu'une excuse pour moi. »
_____Nous en restâmes interdits. Ce fut une incroyable révélation que notre chère grand-mère venait de nous faire... Pour quel mystérieux motif avait-on pu nous laisser à l'écart d'une vérité pareille ?! Je continuais de fixer Bonne-maman d'un regard tellement surpris, qu'avec mes yeux écarquillés, je devais avoir l'air d'une chouette. Françoise s'enflamma.
_____« - Alors c'est comme ça ? Voilà qu'après tant d'années passées en ta compagnie, tu me révèles ça, comme si c'était une évidence ? Je ne te félicite pas. Je suis profondément déçue par ce manque de respect. Regardez moi cette famille, sommes-nous soudés ? Loin de là. Non seulement tu pousses tout le monde à l'exaspération mais de plus, c'est sur la base d'un mensonge... Que comptes-tu faire maintenant ?
Que veux-tu dire par là ? S'enquit Bonne-maman.
Ce que je veux dire c'est que, dans ces conditions, je ne vois pas comment tu pourrais rester sous ce toit. Tu nous mens peut-être même sur ton identité...Qui sait ? Après tout je me demande si je connais vraiment ma grand-mère. »
_____Ma soeur arborait un air de satisfaction, persuadée que sa petite exagération allait convaincre Bonne-maman de s'excuser au-près d'elle. Mais il allait en falloir plus que ça.
_____« - Toi qui parlais de respect, tu comptes jeter une pauvre vieille dame à la rue ? Odieuse fille que voilà ! Moi non plus, je ne te félicite pas. »
_____Le mot « Odieuse » m'avait quelque peu choqué mais je finissais, à la longue, par être habitué au rudes qualificatifs employé par Bonne-maman. Quoi qu'il en soit, je continuai mon observation silencieuse, de plus en plus intéressée par cet échange.
_____« - Bonne-maman, pourrais-tu s'il te plaît, ne serais-ce qu'une fois dans ta vie, t'excuser ? C'est tout ce que je te demande.
Cela ne m'est pas arrivé depuis bien des années et je ne compte toujours pas le faire. Lui répondit-elle calmement. Si j'ai si peu eu à le faire, c'est que j'ai rarement eu tort. Et puis, à chacun son jardin secret. Tu dois bien avoir, toi aussi, des choses dont tu ne parles à personne.
Comment peux-tu être d'aussi mauvaise foi ? Qu'est-ce que cela peut bien t'apporter ? C'est comme pour cette histoire de surdité : tu peux toujours y faire croire mais comment pourrais-tu y croire toi-même ? Je ne peux que te souhaiter de retrouver ta gentillesse d'antan, celle que tu avais lorsque j'étais encore toute petite. Ton regard critique et tes reproches permanents ne t'apportent rien de plus que la solitude. Tu sais, je l'aime, moi, ma grand-mère... Je n'es pas envi de la perdre... »
_____J'avais toujours trouvé ma soeur d'une grande sagesse mais ici je la trouvais brillante ! Je n'aurais jamais osé m'adresser de la sorte à un membre de ma famille. Bonne-maman prit un air attendri et navré et Françoise la prit dans ses bras. Pour la première fois, je voyais ma grand-mère enlacer quelqu'un qu'elle aimait. J'en fus si émue que je me joignis à eux, les larmes perlant sur mes joues.